Toulouse : 20 ans de petits-déjeuners dans la rue pour les SDF à Toulouse

Les petits-déjeuners du Canal, destinés aux sans-abris de Toulouse ont 20 ans. 20 ans de rendez-vous quotidiens l’hiver, autour d’un café ou d’une soupe, devant la maison de l’Ecluse, près du pont Matabiau.

C’est un rendez-vous incontournable pour beaucoup de SDF toulousains. Un petit-déjeuner offert dans la rue, près de la gare Matabiau par le Secours Catholique. Une soupe, un café, une petite pause avant une nouvelle journée dehors. Les petits-déjeuners du Canal fêtent ce vendredi leurs 20 ans.

Ce grand rendez-vous de l’hiver pour les sans-abri est né en plein été. En juillet 1992, un prêtre-ouvrier, Claude Couffin, vient voir l’antenne toulousaine du Secours Catholique pour proposer d’offrir aux personnes vivant dans la rue de quoi prendre un petit déjeuner. L’initiative sera longtemps itinérante avant de s’installer près de la maison de l’Ecluse, en face de la gare Matabiau. Depuis, chaque jour de la semaine pendant l’hiver et le mois d’août et chaque week-end le reste de l’année, des bénévoles se relaient pour servir à manger et à boire. On compte 120 à 150 bénéficiaires chaque jour.

Nous sommes allés ce vendredi matin fêter avec bénévoles et bénéficiaires l’anniversaire de ces petits-déjeuners du Canal. Certains ne font que passer, prennent quelques victuailles et repartent. D’autres s’attardent, bavardent, reprennent un café. Ici on se tutoie et on s’appelle par son prénom. Malgré le froid et la neige qui tombe, l’ambiance est chaleureuse.

Dès 7h00, café et thé coulent à flot. Richard est là, qui veille à toujours remplir les cafetières. Il est bénévole au Secours Catholique. Depuis une dizaine d’années, il est là, chaque matin. La poignée de main franche, l’apostrophe facile, c’est le pilier de ces petits-déjeuners dans la rue. C’est aussi lui qui prépare la soupe chaque jour.

“Il y a toujours plus malheureux que soi”, dit Richard “les gens qui sont dehors n’ont rien du tout. Alors soit on peut tourner les yeux et regarder les vitrines, soit les considérer comme des gens normaux”.

Richard nous présente Sammy et Pierre-François. La trentaine, ils dorment dans un camion avec leurs chiens. Ils arrivent d’Espagne, pour refaire leurs papiers. La rue est leur quotidien depuis plusieurs années. Ce rendez-vous dit Sammy c’est “un peu de chaleur le matin. Après, vous pouvez marcher pour la journée, ça vous tient au corps”.

Discret, un peu en retrait, Claude Couffin est là. Il rigole avec ses vieux copains bénévoles. Il raconte la naissance de ces petits-déjeuners : ” A la retraite, il m’est venu l’idée de faire ce petit truc, proposer du café à ceux qui étaient dehors.” Au début, ça n’a pas été facile : “je me suis implanté à plusieurs endroits et partout où je passais, on me disait non, non, non, cette population, on n’en veut pas. Partout je me suis fait chasser.”

Finalement, il a trouvé la maison de l’écluse, près du pont Matabiau. Un endroit où depuis près de 17 ans, “tout se passe bien”. Il souligne avec bonheur, l’engouement et les bonnes volontés que sa démarche a suscités. Mais quand on évoque cet anniversaire, Claude Couffin se rembrunit : ” C’est une grande tristesse. Rien n’a changé depuis 20 ans, bien au contraire. Les choses ont empiré. J’ai honte, finalement qu’il y ait un tel anniversaire.”

Pirate arrive. Il vit seul, dans un squat. Il est à la rue depuis qu’il a perdu son emploi en 2001. C’est un fidèle des petits-déjeuners même s’il n’y vient pas pour manger.

“C’est rare que je déjeune. Je viens surtout pour voir, pour discuter. Je trouve de l’amitié, de la chaleur. J’aime bien venir faire un tour, passer un petit moment. J’aime bien Richard, j’aime bien l’équipe du secours catholique.”

Petit à petit, les gens se dispersent. il est presque 9h00. Le petit-déjeuner touche à sa fin. Aujourd’hui, il était très festif, avec “un tour du monde ” de saveurs. Demain, ce sera plus simple mais il y aura comme chaque jour la soupe de Richard.